EVOLUTION DES METHODES TECHNIQUES DE MAINTENANCE
Cest au cours des premières années de la décennie 70 que commencent les premières réflexions sur la « gestion des crédits dentretien courant des bâtiments publics » (1). Un comité chargé dexaminer une gestion déconcentrée des crédits, apporte les conclusions suivantes :
· la notion dentretien doit être définie de façon précise et uniforme,
· des méthodes rationnelles pour la fixation des crédits doivent être mises au point,
· les procédures pour les dotations doivent être allégées.
Par ailleurs, les recherches de lObservatoire de lentretien, du Plan construction, dont les travaux sont motivés par les augmentations non contrôlées des coûts dentretien du parc de logements et par lutilisation des méthodes empiriques, conduisent aux premières tentatives dune rationalisation de lentretien des parcs immobiliers, qui se traduit par la volonté détablir une gestion prévisionnelle de lentretien ; celle-ci se concrétise par la mise au point des trois méthodes qui se sont succédées depuis 1975 :
· maintenance planifiée,
· maintenance à partir de lexpertise des bâtiments,
· maintenance à partir de lusure des ouvrages.
Maintenance planifiée
Les conclusions de ces premiers travaux, qui définissent les principaux outils nécessaires à une « gestion prévisionnelle de lentretien » (le carnet didentité avec mise à jour permanente, le carnet de santé et le plan glissant quadriennal) (2), conduisent à imaginer des budgets dentretien globaux, calculés à partir de ratios unitaires, tirés détudes statistiques appuyées sur des opérations dentretien cycliques et systématiques. Cette méthode permet, pour la première fois dans lhistoire du bâtiment, dapprécier lévolution des coûts dentretien en fonction de lâge de louvrage et de déterminer un rapport entre le coût de construction et le coût dentretien. A cette époque, apparaît également la notion de coût global pour certains équipements tels que les ascenseurs.
En 1975, la publication des premiers documents de conseils aux gestionnaires et dune méthode de simulation financière constitue une première étape capitale car elle permet de conceptualiser la notion de maintenance, de faire comprendre aux gestionnaires quil faut des budgets importants (en progression constante) pour entretenir un patrimoine qui vieillit ; elle permet également dappréhender que lentretien ne dépend pas de la seule décision des responsables techniques ou des devis conjoncturels des entreprises, mais que, au contraire, il est possible de réaliser une rationalisation des travaux par la mise en place de méthodes et une approche budgétaire programmée.
Maintenance a partir de lexpertise des batiments
Les gestionnaires techniques sappuyant sur les outils de la maintenance planifiée nobtiennent pas les dotations correspondant aux budgets théoriques calculés, car ceux-ci sont trop élevés du fait dun trop grand dogmatisme. Par ailleurs, une demande de gestion pour des patrimoines très hétérogènes sur lesquels il est très difficile de mettre en place une maintenance planifiée (collectivités locales, grandes entreprises, etc.) devient très importante.
On voit donc apparaître, dans le début des années 80, de nouvelles recherches qui vont essayer de moduler et dadapter à chaque situation réelle la programmation des travaux et les budgets correspondants. Le moyen dobtenir cette modulation est de faire expertiser le patrimoine pour initialiser un programme dentretien adapté à chaque bâtiment. On peut considérer que la plupart des recherches de cette époque se trouvent synthétisées dans un ouvrage édité en 1985 par le SCOM (Service Central dOrganisation et Méthodes) du ministère des Finances. Cet ouvrage abordait les durées de vie, confirmait la nécessité de mettre en place les outils de connaissance du patrimoine et définissait une grille de principe de diagnostic technique.
Maintenance a partir de lusure des ouvrages
La deuxième partie de la décennie 80 voit apparaître, une approche totalement nouvelle de la maintenance de patrimoine, qui conduit à la conception de méthodes dites de troisième génération. A cette époque, les objectifs à atteindre pour obtenir un outil daide à la maintenance performant, fiable, relativement facile à mettre en oeuvre et économiquement acceptable se résument ainsi :
· éviter la budgétisation systématique de tous les travaux, quelle que soit leur urgence,
· éviter lécueil des expertises discutables et des coûts importants pour les diagnostics,
· permettre une mise en oeuvre des outils pour obtenir une production rapide de résultats globaux approchés, mais fiables,
· mettre en oeuvre une gestion, même si lon ne possède pas lensemble des données physiques du patrimoine (ce qui est la solution pour de nombreux propriétaires),
· disposer dun outil permettant une véritable stratégie de gestion, en fonction de lusure des composants et des budgets disponibles.
Pour atteindre ces objectifs, lidée fondamentale a été dutiliser les courbes dusure des principaux composants des bâtiments et de modéliser les travaux dentretien au cours de la durée de vie des ouvrages. Mais pour réaliser une telle approche, il faut connaître les courbes dusure moyennes des composants et la durée de vie des ouvrages, disposer dune banque de données des travaux associés et dun référentiel de coûts.
A partir de cette dernière méthode, des développements récents ont pu être réalisés. Cest ainsi quil est possible, aujourdhui, dassocier maintenance technique et niveau qualitatif et de démontrer quun entretien préventif planifié permet une prolongation sensible de la durée de vie, avec un coût global inférieur à celui de solutions sans entretien ou avec entretien curatif lourd.