2006 devrait débuter en force pour l'économie américaine
Les Etats-Unis devraient aborder 2006 en position de force économiquement même si des taux d'intérêt en hausse tempèrent quelque peu le marché immobilier, mais une contraction des dépenses pourrait représenter la menace la plus sérieuse pour la croissance, montre une enquête Reuters. La Réserve fédérale semble avoir gagné la bataille contre l'inflation, surtout à présent que les prix de l'énergie ont reflué par rapport à leurs sommets atteints après le passage de l'ouragan Katrina en août et les ravages causés aux capacités de raffinage des Etats-Unis. Mais 13 hausses des taux d'affilée risquent d'avoir pour conséquence une croissance plus modeste l'an prochain et la banque centrale a laissé entendre qu'elle n'aurait peut-être plus autant de marge de manoeuvre pour continuer de resserrer le crédit. En l'espace de 18 mois, le taux d'intervention de la Fed est passé de 1,0 à 4,25% et ce durcissement commence à produire ses effets sur le marché immobilier et sur la bourse du consommateur, selon 44 économistes interrogés par Reuters. "Un fléchissement de l'immobilier, résultant en partie des décisions de la Fed, deviendra plus prononcé à mesure que l'année s'écoulera, créant un certain risque pour les dépenses de consommation, la qualité du crédit et la création d'emploi", dit Scott Anderson, économiste de Wells Fargo. La confiance du consommateur américain a énormément souffert des ouragans de la fin de l'été et les indices la mesurant sont tombés à leurs niveaux les plus bas en plus de dix ans. Mais cela ne n'est pas traduit par le ralentissement des dépenses de consommation que d'aucuns redoutait, au moins en 2005. Ces dépenses représentent les deux tiers environ de l'ensemble de l'activité économique des Etats-Unis. Les analystes prévoient un solide démarrage pour 2006, avec une croissance de 3,6% en moyenne au premier trimestre, la reconstruction post-Katrina dopant la productivité. Mais ils anticipent un tassement à 3,1% au troisième trimestre comme au quatrième, à comparer aux 4,3% du troisième trimestre de cette année. Pour l'ensemble de 2006, les économistes anticipent un taux de croissance de 3,4% contre 3,6% prévus pour 2005. "Dans la mesure où l'économie continue de ralentir et l'inflation reste timide, nous pensons que la Fed sera en mode assouplissement au second semestre", note David Rosenberg (Merrill Lynch). Selon cette même enquête, les économistes anticipent un taux des Fed funds de 4,75% au deuxième trimestre 2006, niveau dont il ne bougerait plus jusqu'en 2007. Les prévisions pour le taux des Fed funds à la fin 2006 varient de 3,50 à 5,50%. FOLIE DEPENSIERE Les données déjà publiées montrent que le consommateur n'est plus autant disposé à dépenser pour des objets chers, comme une automobile, qu'il l'était en début d'année, lorsque l'essence et les taux étaient bien plus bas. En outre, avec la montée des taux, le niveau de refinancement des prêts immobiliers a diminué, grevant d'autant l'épargne potentielle des ménages. Mais certains économistes affirment qu'un tassement des dépenses serait un moindre mal l'an prochain car il pourrait atténuer certains gros déséquilibres, comme le déficit commercial, qui a enflé au montant record de 68,9 milliards de dollars en octobre. "Une folie dépensière a provoqué un gonflement de la dette de consommation et en plus de ça un déficit commercial record", dit Anderson (Wells Fargo), ajoutant qu'un "sur-investissement" dans l'immobilier a produit un sous-investissement ailleurs. Le prix du baril de brut avoisine les 60 dollars mais l'enquête montre que les pressions sur les prix devraient être contenues l'année prochaine. L'indice des prix de détail hors alimentation et énergie est attendu à 2,4% annuels au second semestre 2006 contre 2,1% au premier trimestre, ce qui dépasse la zone de confort présumée de la Fed (1-2%), tout en restant bien maîtrisé cependant. Chris Rupkey (Bank of Tokyo/Mitsubishi) explique que les baisses de prix ailleurs, comme la confection et les véhicules neufs, devraient permettre de contrôler de près le CPI central. "Nous anticipons une économie aux petits oignons l'an prochain, la Fed réussissant à ralentir le marché immobilier, tandis que la consommation revient à des niveaux qui soient plus soutenables dans la durée"
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