Paris, capitale du bureau chic

Publié le par FRITIH Mouffak

La reprise de cet ensemble hétéroclite a requis une opération complexe en deux phases désormais achevées. Au final, un changement d'aspect radical.

Racheté par Unibail en 2001, l'ancien siège social d'EDF achève sa mutation dans la plaine Monceau. La reprise de cet ensemble hétéroclite qui compose un îlot circonscrit par l'avenue de Messine et les rues Monceau, Murat et Lancereaux a requis une opération complexe en deux phases. La première tranche, livrée en 2005, a porté sur les immeubles haussmanniens de l'avenue de Messine et le bâtiment des années 1930 enclavé en coeur d'îlot. Développant 21.000 m2, elle a fait l'objet d'une rénovation à caractère patrimonial sous la direction de l'architecte Jean-Loup Roubert, épaulé de ses confrères Elizabeth Naud et Luc Poux pour les espaces d'accueil créés en pied, lesquels forment un socle d'ambiance contemporaine assorti de jardins aménagés dans les cours.

La seconde tranche, juste achevée, porte sur le gros de l'îlot et le bâti le plus ordinaire : quelque 50.000 m2 dont la construction standard s'était échelonnée de 1959 à 1972. La mesure en est donnée sur la rue Murat avec une barre de 100 m de long, construite pour partie à l'emplacement de l'ancien hôtel de la princesse Murat. Que faire du legs ingrat de cette époque cruelle ? EDF avait initialement prévu de raser le tout pour construire un nouveau siège. Le permis de construire en avait été déposé sous la signature de Ricardo Bofill, aussitôt attaqué par les riverains. Ce contentieux est l'une des raisons du départ d'EDF pour la Défense, où l'entreprise a trouvé à se loger dans la tour Hines.

Acquéreur de l'ensemble déserté en septembre 2001, Unibail s'est donné un trimestre de réflexion, hésitant entre la poursuite du projet Bofill ou une réhabilitation sur de nouvelles bases. La surdensité de l'existant a vite fait pencher la balance en faveur de la seconde solution. La partie moderne actuellement commercialisée par Atisreal sous le nom de « Capital 8 » en est le résultat le plus visible. Pour faire passer le projet auprès des riverains postés en embuscade, Unibail a dû beaucoup communiquer, justifiant de travaux cantonnés et de nuisances limitées, avec au final un changement d'aspect radical. La mise aux normes des bâtiments incombant au cabinet Natale s'est donc assortie d'une mission stratégique sur les façades, les abords et les jardins intérieurs, mission confiée au tandem Naud et Poux éprouvé sur la première tranche et aguerri à ce genre d'intervention.

Une échelle double

« Long d'une centaine de mètres, haut de 12 niveaux et classé IGH (immeuble de grande hauteur) sur la moitié, l'immeuble de la rue Murat représentait un enjeu de taille et le point le plus épineux de l'opération », commente Luc Poux. Son remaniement, notamment en façade, a servi de test pour la validation du projet auprès des services de la Ville attentifs au projet. Les solutions mises au point sur cette barre ont été ensuite généralisées au prix de quelques adaptations sur les autres immeubles composant l'îlot, de structure identique, en général métallique, et larges d'une douzaine de mètres à l'exception d'un maillon intérieur plus épais. Traitement esthétique, la nouvelle façade est également une réponse technique aux problèmes de mise aux normes (confort, sécurité, équipement) de ce bâti des années 1960. « La faible hauteur entre dalles, de 2,70 m en moyenne, excluait le recours aux planchers techniques et faux plafonds ; nous avons donc mis au point une nouvelle enveloppe intégrant en façade tous les fluides sur 80 cm d'épaisseur », expliquent Elizabeth Naud et Luc Poux.

Cette épaisseur propice au passage des encombrants tuyaux de ventilation et au logement des équipements permet d'escamoter les poteaux métalliques implantés sur un pas serré de 1,50 m, cause du dessin répétitif des façades d'origine. Les architectes s'affranchissent de la contrainte dans une alternance de trumeaux et de volets pivotants intérieurs qui assurent la protection solaire. « Le premier poteau est logé dans un carter avec l'unité de traitement d'air compactée sur 27 cm (prix de l'innovation technique au Simi 2005), et le second disparaît derrière le volet pivotant », démontrent les architectes. Ils ont ainsi pu redessiner la façade à une échelle double, autrement plus noble que la trame d'origine qui superposait allèges en Emalit bleu et vitrages sur 1,50 m. De grands modules vitrés d'environ 3 m de côté, recoupés d'un mince ouvrant vertical, rythment désormais les façades. Les différents nus du vitrage et les joints en creux offrent diverses combinaisons qui s'adaptent au système constructif de chaque immeuble. Les architectes dénombrent ainsi cinq variantes, lesquelles procurent de subtiles nuances dans les juxtapositions et les vis-à-vis dans les deux cours intérieures aménagées en jardins par leurs soins.

Des espaces sans entrave

Ce traitement appliqué aux étages courants s'accompagne d'un ordonnancement urbain qui gomme l'aspect répétitif et industriel de la construction d'origine. Hier indifférenciés, les niveaux s'affirment, avec un rez-de-chaussée marqué, par endroits rehaussé d'un entresol, et un couronnement distinct. Les deux derniers étages de l'immeuble Murat sont traités en attique, leurs vitrages protégés par des ventelles de verre réglées sur le pas de l'ancienne trame. Leur aménagement en duplex permet à l'immeuble d'échapper à la réglementation IGH.

Spacieux et spectaculaire, le nouveau porche sur la rue Monceau repousse les structures pour établir une large continuité visuelle avec la cour. Familiers des reprises en sous-oeuvre, Elizabeth Naud et Luc Poux affectionnent ces espaces sans entrave, fluides et communiquant de plain-pied avec l'extérieur. Méconnaissable, l'ancien siège social d'EDF fait assaut d'élégance, proportionné au bâti parisien malgré ses douze niveaux.



Naud & Poux, experts et esthètes ès rénovations tertiaires
Installés à Paris depuis 1994,
les architectes Elizabeth Naud et Luc Poux oeuvrent principalement dans la réhabilitation des immeubles tertiaires, reprenant d'un trait sûr les immeubles ingrats hérités des Trente Glorieuses.
Taillant dans l'existant, ils traquent l'espace et la lumière pour installer des ambiances contemporaines dépouillées. Reprise en sous-oeuvre, jeu
de niveaux et mise au jour des sous-sols caractérisent leurs interventions qui se jouent
de la réglementation
pour dégager
de la surface utile et viabiliser les fonds de cour. Leurs missions englobent l'aménagement intérieur
et les abords paysagers.


Leurs principales réalisations sont situées dans le Triangle d'or parisien :
· Rénovation d'un immeuble haussmannien (3.000 m2,
rue de Surène, Paris 8e)
pour UIS en 1997.
· Rénovation de l'ancien siège de Cérabati (1963, 3.000 m2,
rue Jean-Goujon, Paris 8e)
pour GE Capital et UIS en 2000.
· Rénovation des immeubles
du Crédit Foncier (années 1970, 12.000 m2, rue des Capucines, Paris 8e) pour la foncière Gecina-groupe Metrovacesa en 2005 (prix de l'immeuble rénové au Simi 2005).
· Rénovation des immeubles Messine de l'ancien siège social d'EDF (21.000 m2, avenue de Messine, Paris 8e, avec Jean-Loup Roubert), suivi aujourd'hui de Capital 8 (50.000 m2).

Publié dans Facility-management

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